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Gérard POADJA « J’ai appris à conjuguer mes appartenances kanak, calédonienne et française »

ENTRETIEN AVEC Gérard Poadja, élu Calédonie ensemble de la province Nord et sénateur

Les Nouvelles calédoniennes :

Les non-indépendantistes sont largement minoritaires à l’assemblée de la province Nord. Comment se passe la cohabitation entre les représentants des différents camps au sein de l’assemblée ?

Nous travaillons avec tout le monde, dans un véritable esprit de coopération. Je suis souvent intervenu sur le terrain au nom de l’exécutif de la province Nord, notamment lors des blocages des dispensaires à Ouégoa et à Belep, lors des problèmes sur site minier à Ouaco ou à Kouaoua. Même si Calédonie Ensemble représente à lui seul trois des quatre élus non-indépendantistes de l’assemblée, et même si nous avons rassemblé nettement plus de voix que les autres non-indépendantistes aux dernières élections législatives, je souhaite que nous puissions constituer une liste unitaire pour les prochaines provinciales. Nous avons fait des propositions raisonnables et responsables en ce sens. Nous n’avons toujours pas de réponse des autres non-indépendantistes. Mais je ne désespère pas que l’intérêt général finisse par prévaloir.

Vous êtes sénateur de la République depuis 2017. Considérez-vous cela comme un avantage ? Un handicap ? Ou un peu des deux ?

Avant mon élection, la Brousse n’était plus représentée au Parlement depuis 1996, et le décès du député Maurice Nenou. C’est un atout extraordinaire pour le Nord que d’avoir un sénateur qui porte haut, auprès des ministères, des cabinets parisiens et au Sénat, la voix de la Brousse et du Nord. Je pense par exemple à la problématique des « blue boats », qui venaient piller notre lagon. En tant que sénateur, j’ai profité de la présentation du projet de loi de programmation militaire à la commission des Affaires étrangères, pour interpeller directement la ministre des Armées sur la nécessité de renforcer la surveillance dans nos eaux. J’ai demandé le remplacement des patrouilleurs P400 et la présence continue de moyens de surveillance. Bilan : le premier patrouilleur pour la Nouvelle-Calédonie sera livré en 2022.

Je pense aussi à mes interventions répétées pour obtenir des renforts de gendarmerie dans le Nord. C’est ce qui a permis d’aboutir à la création de la brigade motorisée et de la brigade de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) à Koné. Je fais le maximum, à tous les niveaux, pour que les besoins du Nord soient connus au plus haut niveau de l’Etat.

Est-ce difficile de concilier les activités d’élu provincial, de parlementaire et celles d’un homme investi dans la vie coutumière ?

Vous savez, j’ai eu l’occasion de dire au Sénat que j’ai appris, depuis longtemps, à « conjuguer mes appartenances, kanak, calédonienne et française ». Il en va de même pour mes responsabilités, en tant qu’autorité coutumière, élu provincial, et parlementaire. Dans les assemblées où je siège, à Poindah, à Koné comme au Palais du Luxembourg, je porte ce que je suis, et je défends ceux que je représente avec la même passion, pour la Brousse, pour mon pays, mes valeurs.

Avoir le sens des responsabilités et les exercer en conscience, imposent de savoir mettre chaque chose à sa place et de porter la parole au bon moment, auprès des bonnes personnes. C’est mon rôle et c’est une vraie richesse de pouvoir l’exercer dans ces conditions, en conjuguant ces responsabilités.